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Boute Xavier

Le premier jour du citoyen

Genèse en trois regards

Xavier, papa - caméraman - chercheur

 

Lorsque j’ai conduit pour la première fois ma fille Laurane à l’école maternelle, j’ai ressenti comme de nombreux parents j’imagine, une impression étrange. Pourtant, ce n’était pas la première fois que nous la laissions sans son papa ou sa maman.

Laurane a été gardée chez trois assistantes maternelles différentes depuis l’âge de 3 mois, était partie plusieurs fois en vacances chez ses grands-parents ou parrain marraine, et nous l’avions aussi souvent confiée à de jeunes baby-sitters à l’occasion. Bref, l’entrée à l’école n’était pas pour nous synonyme du cordon ombilical coupé.


Pourquoi donc était-ce cette fois-ci différent ?


Après réflexion, je me suis rendu compte que pour la première fois, Laurane allait vivre dans un environnement que nous n’avions pas choisi, sur lequel nous n’avions pas d’action possible. Nous n’allions pas choisir sa maîtresse,  comment se comporteraient les autres enfants avec elle, qui allait lui donner à manger et vérifier qu’elle s’alimenterait correctement, ou à quelle heure ni comment elle ferait sa sieste. Quel serait le rythme de sa journée ? Personne ne nous dira le soir ce qu’elle aura fait et je n’aurai aucune influence sur ses activités.


Qui en fait est le décideur de ce qu’allait vivre ma fille ?

Qu’est donc vraiment cette école de la République ?
 
Les réponses étaient simples et pourtant il m’a fallu du temps pour le comprendre : notre fille devenait ce jour là une citoyenne avec des règles et un fonctionnement qui n’étaient plus choisis par sa famille mais par la société.
 
C’est grâce aux travaux de Maroussia et à nos recherches communes dans des écoles primaires françaises et britanniques que j’ai pu mettre des mots sur cette impression ressentie ce premier jour d’école.
Des mots qui se sont transformés quelques années plus tard en images.
 
C’est donc ce premier jour du citoyen que j’ai eu la chance de filmer et de tenter de comprendre, en pénétrant ce monde à la fois si mystérieux et si fascinant de la maternelle en France au travers de l’école maternelle publique du Prieuré à Villepreux, dans la classe qu’avaient fréquentée mes deux filles Laurane et Maëlle, avec la complicité de leur institutrice, Marie-Christine Constant Jolivet.

Marie-Christine, institutrice et directrice d'école

 

Un jour, Xavier, que je connais comme papa d'élève pour avoir eu ses deux filles dans ma classe, m'a demandé s'il pouvait filmer la rentrée en petite section dans le cadre de recherches qu'il mène avec Maroussia. Au départ, j'ai trouvé ce projet étonnant, si ce n'est un tantinet incongru. Pourquoi ma classe, qui n'a rien d'exceptionnel ? Pourquoi moi, qui ne suis pas une maîtresse extraordinaire ?

Xavier connaît bien l'école : il s'occupe de son site internet, passe dans les classes faire des photos et filmer, et ne manque aucun des grands rendez-vous de l'année. L'idée, m'explique-t-il, serait de capturer le tout premier contact d'enfants avec l'école, ces premiers instants où l'enfant devient écolier et entame la vie en société.

Je me prends au jeu. Je suis parfois frustrée de voir le travail de l'école maternelle peu connu ou reconnu. Telle maman est horrifiée à l'idée qu'on traumatise les enfants de 3 ans avec un programme à remplir. Tel homme politique laisse entendre que la maternelle n'est qu'une garderie au nom bien prétentieux.

Quant à moi, j'ai beau être en fin de carrière, il m'arrive encore d'être assaillie de doutes. D'un côté la conscience de la spécificité de l'école maternelle française, de l'autre la réalité d'une classe donnée dont le quotidien est fait de mille petits détails, interactions et réactions particuliers.

Le jour de la rentrée est un moment très particulier. Ce premier jour où chaque enfant arrive avec sa propre histoire et son vécu, et où s'amorce le sentiment d'être ensemble. Où on prend ses repères dans la classe et on commence à se l'approprier, tout en s'initiant aux rythmes et aux rituels de la vie en collectivité. Où l'enjeu est de capter l'attention de l'enfant, attiser sa curiosité, lui donner envie d'être là pour l'amener progressivement à être pleinement acteur de la vie de classe et à entrer dans les apprentissages. J'ouvre la porte de ma classe pour donner un aperçu de ce premier jour.

 

Maroussia, enseignant chercheur, citoyenne française et sujet de Sa Majesté



L'école est une réalité familière dont chacun de nous sait, ou croit savoir, ce qu'elle est, ce qui s'y fait, à quoi elle sert. Certaines expériences peuvent toutefois introduire le doute. Pour moi, « l'école » est-elle celle que j'ai connue d'abord à Belfast, ou celle que j'ai découverte ensuite en France ?

J'ai commencé l'école dans le système scolaire britannique où la journée commençait par l'assembly de l'école entière et la prière, où les cahiers avaient des pages blanches, où les divisions se posaient horizontalement et où Napoléon état un « méchant ». Il m'apparaît confusément, en arrivant dans ma nouvelle classe de CM1, que les savoirs ne sont plus tout à fait les mêmes. Et plus fondamentalement, les attentes des enseignants en termes de comportement et de participation des élèves à la vie de la classe ne sont plus celles que j'avais connues dans mon ancienne école.

Le souvenir de ce passage d'une école à l'autre, du système scolaire britannique au système français, a fait naître en moi une interrogation : que transmettent les écoles au-delà des connaissances ? Dans quelle mesure véhiculent-elles aussi des manières d'être et de penser ?

La rencontre de Xavier prolonge les questionnements, et transforme les mots en images. Nous filmons dans des classes primaires anglaises et françaises. Nous nous mettons à l'affût de ce que veut dire être écolier dans telle ou telle classe, tentant de percevoir les attentes explicites et implicites en termes de comportements, d'interactions et de rôles à endosser. Nous devenons les témoins privilégiés de l'intégration de l'enfant dans sa classe, prémisse à l'intégration du futur adulte dans la société.

Puis nous ressentons le besoin de remonter à la source, d'observer le tout premier contact de l'enfant avec l'école, le moment où il rencontre pour la première fois les règles, les rituels et le vivre-ensemble qui fondent la vie de la petite société qu'est la classe maternelle. Marie-Christine nous en offre la possibilité. A ses côtés, à l'aide de son complice le Grand-Père Gaston, nous voyons la magie opérer : comment une juxtaposition d'enfants devient une classe, comment débute la vie collective, à quoi ressemblent les premiers pas de citoyens en herbe.

 

Le DVD

De ces rencontres est né un DVD, base de départ de discussions pour pédagogues, pour enseignants, pour sociologues, pour parents, pour curieux, pour citoyens ?